[Salon Blockchain Paris 2019] Retour d'Experience d'Ingredia, utilisant la plateforme blockchain de Connecting Food pour assurer la traçabilité et l'audit du lait Via Lacta

blockchain Nov 19, 2019

Le jeudi 14 novembre, Aliénor Drago, chef de produit chez Ingredia et Stefano Volpi, co-fondateur de connecting Food étaient les invités de Philippe Ducellier, sur le Salon Blockchain Paris, qui s'est tenu les 13 et 14 novembre 2019 à la Cité Universitaire de Paris. Retour sur cette intervention.

Philippe Ducellier : Quel était le besoin métier à l'origine du projet Blockchain ?

Aliénor DRAGO :  Depuis 2017, le groupe a été le premier à développer une collecte différenciée de lait éco-responsable. Ce lait est appelé le lait à l’herbe Via Lacta.

Les engagements se traduisent par un cahier des charges strict basé sur 4 piliers forts:  le bien-être animal, la qualité du lait, l’environnement et la rémunération des éleveurs.

Aujourd’hui nous mettons en avant 4 critères spécifiques de ce cahier des charges: l’accès au pâturage garanti avec au moins 170 jours de pâturage par an et une surface minimale par vache de 1500 m 2, l’alimentation des vaches certifiée sans OGM et l’origine régionale 100% Hauts-de-France des fermes et de la laiterie.

Ces critères répondent aux attentes des consommateurs : la prise de conscience liée à l’environnement et au bien-être animal, les consommateurs sont sensibles aux problématiques écologiques (pratiques agricoles, bien-être animal..), l’impact de l’alimentation sur la santé; les consommateurs accordent plus d’importance à des ingrédients sains qu’à une marque reconnue, le changement de mode de vie, un besoin d’authenticité avec une consommation plus locale

Aujourd’hui ces attentes vont plus loin. Le consommateur n’a pas confiance en l’agroalimentaire et la surabondance de labels le rend méfiant. De plus, le consommateur digitalise son acte d’achat, il cherche à vérifier les informations par lui-même, il a cherche plus de transparence.

Ce projet blockchain mené avec Connecting Food permet donc
- d’aller plus loin avec notre démarche de lait éco-reponsable,
- de garder notre position de pionnier de l’innovation dans la filière laitière
- de répondre à la demande de plus en plus exigeante du consommateur vers une transparence totale pour notre lait UHT et de donner une solution clé en main à nos clients industriels de l’agroalimentaire pour les ingrédients éco-reponsables.

Aliénor Drago, Chef de produit Ingredia, en interview sur le salon Blockchain suite à la conférence. 

Philippe Ducellier : Aujourd’hui, à quel stade en est le projet ? Est-ce un PoC, est il en production ?
Le projet est en production, les données sont enregistrées au fur et à mesure de la filière, à chaque collecte/livraison, et l’imprimante à QR code est en place et opérationnelle sur la ligne.
Les bouteilles de lait se retrouveront en magasin début 2020. Concernant les ingrédients, le lancement est prévu au salon des ingrédients alimentaire (le FIE) à Paris début décembre.
Stefano Volpi : Effectivement, le projet est bien en production. Nous avons d’abord mené un pilote en quelques mois avant d’industrialiser la démarche afin que dans les usines et sur toute la filière les données puissent être enregistrées automatiquement. Pour Connecting Food, ce projet mené au tout au long de l’année 2019 a vraiment permis de passer à l’étape supérieure, puisque nous sommes réellement désormais à l’échelle industrielle.

Philippe Ducellier : Pourquoi avoir choisi une blockchain plutôt qu'une autre technologie ?

Aliénor Drago : Nous avons choisi la technologie blockchain plutôt que l’utilisation d’une base de données pour 2 raisons principales :

o   La blockchain est davantage sécurisée et les données inscrites sont infalsiables ce qui nous semblait important dans un contexte de totale transparence

o   Il s’agit d’un registre distribué donc décentralisé, ce qui correspond totalement à notre modèle de coopérative où nous voulions que chaque acteur de la filière soit impliqué : les fournisseurs d’alimentation des vaches, les éleveurs, les collecteurs, la laiterie.

Stefano Volpi :  L’usage de la blockchain est surtout très utile pour partager des informations entre différents acteurs dont les intérêts business peuvent être opposés. Par exemple, dans les chaiines alimentaires, un fournisseur et son client ne vont pas avoir les mêmes intérêts, ni les mêmes besoins.

Le fait que la blockchain fonctionne sans organe central de contrôle est également un point clef. En utilisant cette technologie, on peut s’affranchir des intermédiaires : la blockchain joue le rôle de tiers de confiance.

Philippe Ducellier : Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de la technologie (Bitcoin, Ethereum, etc.) ?

Stefano VOLPI : Connecting Food a choisi d’utiliser Hyperledger Fabric : c’est une blockchain à permissions, accessible uniquement aux membres du consortium autorisés

·        Elle est plus adaptée au business : on associe parfois la blockchain à un partage sans limite des données avec tout le monde, mais ce n’est pas la réalité des projets blockchain dans l’industrie : on veut partager des données mais en choisissant comment et avec qui. Hyperledger Fabric permet de faire cela en montant un consortium et en mettant en place des règles spécifiques pour chaque acteur.

·        Elle a un plus faible impact environnemental, puisqu’elle ne nécessite pas de minage. Cet aspect est très important pour le secteur de l’agroalimentaire et notamment pour ingredia qui produit un lait eco-responsable.

Un autre point très important est notre indépendance totale vis-à-vis des acteurs établis du secteurs qui proposent des solutions blockchain : SAP, IBM, ou Amazon proposent des services, mais nous avons développé notre propose solution sur Hyperledger, tout en prenant garde à assurer une interopérabilité.

Côté Ingredia, pourquoi avoir choisi Connecting Food plutôt que d’autres fournisseurs de technologie blockchain

Aliénor DRAGO : Nous avons choisi de travailler avec Connecting Food d’une part pour leur connaissance dans le monde de l’agroalimentaire sur toute la chaîne ; fournisseurs d’ingrédients, industries agroalimentaires, distributeurs qui correspondait au travail de filière que nous voulions engager. Egalement pour leurs compétences techniques et pointues dans le domaine de la blockchain.

De plus, le module LiveAudit proposé par CF correspond totalement à notre volonté de pouvoir digitaliser notre cahier des charges et de certifier en temps réel nos critères, en plus de de juste enregistrer sur la blockchain.

Philippe Ducellier : quels ont été les principaux défis qu'il a fallu relever (compétences, implication de partenaires dans la Blockchain, etc.) ?

Alienor DRAGO :  Le premier défi pour nous était de remonter vraiment en amont de la filière et d’embarquer dans la démarche des personnes extérieures au groupe comme les fournisseurs d’alimentation des vaches.

Le défis technologique principal pour nous était de trouver l’imprimante dynamique pour insérer le QR code directement sur la bouteille et garder la cadence actuelle.

Enfin, le défi humain de travailler sur projet tech alors que nous sommes des experts de l’agroalimentaire était important : il a fallu monter en compétences sur ces nouveaux sujets.

Mais c’est la force d’Ingredia dans l’innovation : nous sommes une « petite » coopérative à taille humain mais avec de grandes ambitions, ce qui nous rend agile et permet de mener à bien des projets rapidement.

Stefano VOLPI :  Le projet d’Ingredia était dès le départ très ambitieux : il ne s’agissait pas juste de traçabilité, pas juste d’un critère d’audit, et pas juste d’une référence produit. On a dû se mettre en ordre de marche pour tracer 3 références, (lait, poudre, protéines), auditer 3 critères du cahier des charges d’un coup ! Nous n’avions jamais travaillé sur un périmètre aussi important : c’était un beau challenge pour les équipes, que nous avons pris plaisir à relever grâce à une belle collaboration entre les équipes Ingredia & Connecting Food !

Ingredia était également notre premier client réellement à échelle industrielle : en janvier 2019 quand on a commencé à travailler ensemble nous n’avions fait aucun projet de telle envergure, et ce projet nous a permis de nous industrialiser. En 8 mois, nous sommes montés en puissance et avons commencé à travailler avec plusieurs autres clients.

Sur le salon Blockchain Paris, Connecting Food était exposant, aux côté de nombreux acteurs Blockchain établis en France et à l'international. 
Après la conférence, sur le stand Connecting Food, les visiteurs ont pu découvrir la bouteille de lait Prospérité, scanner le QR code avec leur téléphone et découvrir la filière en transparence totale.

Coline Laurent

Coline is passionate about food and sustainability. She was the first employee to join Connecting Food in early 2018, and now manages Marketing & Communication.